A la troisième partie... En hommage à ce morceau que je me suis toujours régalée de jouer.
J'ai toujours eu du mal à définir cette émotion,
Elle y passe, je la sens, mes doigts s'engagent, déterminés,
Les yeux fermés, le corps tremblant de passion,
J'essaye de ressentir ce que notre artiste veut nous donner.
Ça commence, doucement, par un la, fa, mi, ré,
Puis la main gauche va suivre le pas,
Les nuages ne sont pas encore amoncelés,
Sur sa mer, c'est toujours calme plat.
Soudain, monte une vague de tristesse,
La main droite fait couler une larme,
La main gauche annonce le drame,
Sous cet air, mon dos s'abaisse.
Je perçois les derniers rayons,
Disparaissent de son horizon
Les nuages se cognent enfin,
La mer se secoue sous les accords,
Le vent souffle les défunts,
Le fragment résonne plus fort.
Je pense au ciel, que les éclairs fusillent,
Je pense à toutes ces notes qui sautillent,
Je pense à l'éternel, au grand compositeur,
Et cette musique qu'il exploite de tout son c½ur,
Je l'entendrais hurler, évacuer sa rage,
C'est bien lui qui a écrit ce si bel orage,
Il crie sa douleur, mais sans se fendre la voix,
Parce que c'est sa partition qui lui donne froid...
C'est son paysage, son temps, sa tempête,
Je n'en ai jamais entendu d'aussi extraordinaire,
Un accord en mezzo forte, et ça se répète,
Les dièses deviennent bécard, ou le contraire,
Puis, il se calme, le vent s'affaiblit, la mer aussi,
Les nuages se dégagent, le temps en reste gris,
Son c½ur n'a plus de rage, mais reste en peine,
S'achève enfin son orage, mais son âme saigne.
On m'a dit qu'il était sourd,
La musique, elle était dans son esprit.
J'ai ressenti le c½ur lourd,
La haine que lui a infligé la vie.
Il a demandé qu'on coupe les pieds de l'instrument,
Il s'est allongé, l'oreille contre le piano, à terre,
Il a posé ses mains, s'est mis à jouer librement,
L'air gravé dans son âme, le c½ur à découvert,
Aucunes notes n'ont trébuché, aucunes erreurs,
Rien n'a été joué contre sa faveur,
Les notes n'ont jamais été plus précises,
Les notes n'ont jamais été plus exquises,
L'ouïe lui a été enlevée pour une unique raison,
Celle de n'entendre que sa musique,
Ne plus jamais entendre aucuns autres sons,
Que celui qu'il a créé si mélodique,
Son art l'aura peut-être rendu fou,
Son passé reste peut être un peu flou,
Mais son morceau continue d'être transmis.
Si son amour est sa musique, je connais sa vie.
¤¤Cynthia¤¤




